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ORIGINES ET HISTOIRE DE LA MAISON D'ÉVA-ANNE :
Construction :
Cette maison fut construite au début des années 1890 par Alexandre Arseneau (Alex à Calixte) (1858- 1910). Selon la tradition orale, le bois de cette maison proviendrait d'un naufrage qui aurait eu lieu près de l'île Shag. Selon la carte des naufrages, nous pouvons spéculer que le bois proviendrait peut-être du Magnolia coulé en 1878. À l'époque, les naufrages étaient nombreux. Les compagnies d'assurances vendaient le bois du bateau et/ou la cargaison à prix de débarras. Plusieurs maisons des îles furent bâties grâce aux restes de naufrages. C'est ce qui explique la présence de bois de qualité dans plusieurs de ces vieilles maisons. On dit de Monsieur Arseneau qu'il était un excellent menuisier et il a activement participé à la construction de sa demeure qui, pour l'époque, était un bâtiment très imposant. Il a aussi participé à la construction de quelques maisons dans les environs qui, de nos jours encore, demeurent des joyaux de notre patrimoine.
Alex C. Arseneau :
Monsieur Alex C. Arseneau était un homme à l'aise, il fut maire de la municipalité de Havre-aux-Maisons de 1902 à 1908. Il possédait un magasin et était très généreux. Il faisait crédit au magasin et les gens payaient l'année suivante. Il possédait aussi des homarderies à l'île Shag, à Havre-aux-Maisons (Pointe) et à Grande-Entrée. L'année qui a précédé la perte de sa maison fut très mauvaise. En effet, les gens n'avaient pu le rembourser. Alex avait auparavant fait un emprunt à William J (fin des années 1890). Leslie, riche commerçant de l'île de Cap-aux-Meules. En 1910, suite à de mauvais résultats financiers et n'ayant pu payer sa dette, il fit faillite et perdit la maison qui deviendra la propriété de William J. Leslie et sera inhabitée jusqu'en 1919.
Alex C. Arseneau eut une fin à la fois tragique et mystérieuse. Le 13 avril 1910, âgé alors de 52 ans, il était allé effectuer une réparation sur le quai (une cheville qui dépassait) pour le premier bateau au printemps. Son " helper " s'était mouillé et était monté se changer. Lorsque ce dernier est revenu, Alex avait disparu. Seul son petit chien jappait sur le quai. On a présumé qu'il avait glissé sur la glace et était tombé à l'eau. Son corps fut retrouvé, quelques temps après, sur le bord de la grève.
De 1919 à 1940 (Hôpital Sainte-Madeleine) :
En 1919, suite à l'épidémie de grippe espangole, les gens de Havre-aux-Maisons remette une pétition à leur conseil municipal, réclamant les services d'un docteur pour leur village. Après quelques tractations avec le ministère de la santé, on fini par trouver un médecin intéressé à venir pratiquer aux Iles-de-la-Madeleine. le conseil municipal désire engager le docteur Cloutier originaire de Québec et il cherche une demeure pour ce dernier. William J. Leslie est prêt à leur vendre la maison 1600$ à la municipalité pour la somme de 1300$. Le " gros " docteur Cloutier, comme l'appelaient les gens de la place, semble avoir marqué l'imaginaire des habitants. En effet, on dit de lui qu'il avait un sérieux problème d'embonpoint.
Lorsque le bateau arrivait à la Pointe-Basse, il fallait souvent descendre les passagers en chaloupe. Selon la légende populaire, il fallut descendre le docteur Cloutier dans un filet à cause de son poids. Le docteur Cloutier sera congédié en 1920. Selon les procès verbaux de la municipalité, les citoyens ont constaté que ce dernier, ayant un fort penchant pour les " boissons enivrantes ", ne faisait pas bien son travail. Il fallut d'ailleurs un certain temps pour comprendre d'où provenait cette boisson personne ne voulait être accusé de fournir le docteur en alcool. En vérité, l'astucieux docteur incluait sa boisson dans la facture des médicaments qui était payée par la municipalité. Il utilisait, bien entendu, un nom scientifique où inconnu des gens de la place pour arriver à ses fins. Le docteur Cloutier partit au début de l'année 1921 avec les clefs de la maison et une dette de 62.45$. En avril 1921, le conseil reçu une lettre de madame Cloutier annonçant la mort du médecin. Celle-ci éclamait des honoraire dus à son mari. Le conseil décida d'envoyer ses plus sincères condoléances à madame Cloutier et de rayer la dette de 62.45$ mais refusa de donner la somme demandée.
En 1922, la municipalité forme un conseil pour avoir un bureau de santé dans la localité. En 1925, le père J.S. Turbide demande au gouvernement, par l'intermédiaire du député J.E. Caron, la venue du docteur Laurin et l'établissement d'une unité sanitaire officielle (hôpital Sainte-Madeleine). En 1926, le docteur Mondor remplaça le docteur Solomon sur le conseil de santé. Ce n'est qu'en 1933 que le député Caron envoya la lettre confirmant l'approbation du gouvernement pour l'établissement d'une unité sanitaire (responsabilité du conseil de comté). Le conseil acceptera de louer la maison de Pointe-Basse pour cette fin et s'engagera à entretenir celle-ci. Il est, toutefois, important de mentionner que d'autres médecins ont occupé cette maison de 1921 à 1933. Toutefois, la maison n'était pas sous la tutelle du gouvernement. En 1938, n'ayant pas reçu les loyers de la maison (150$/année) et avec la construction du grand hôpital de Cap-aux-Meules, l'unité sanitaire ferma ses portes. Toutefois, trouvant la distance entre Havre-aux-Maisons et Cap-aux-Meules trop grande pendant la saison hivernale, le conseil municipal voudra garder un médecin dans la maison de Pointe-Basse (docteur Dallaire de 1939 à 1940). Parmi les médecins ayant habité cette maison nous pouvons citer : Dr. Cloutier, Dr. Lécuyer, Dr. Mondor, Dr. Kirouac, Dr. Dallaire. Notons aussi que durant toutes ces années, le conseil municipal a veillé à l'entretien et aux réparations nécessaires de la maison.
De 1941 à 1942 :
En 1941, la maison étant inhabitée, les sœurs de la Congrégation Notre-Dame demandèrent d'utiliser la maison de Pointe-Basse comme École Normale pour l'année 1941-42. Nous supposons qu'elles manquaient de locaux ou effectuaient des travaux dans l'école Normale qui est, maintenant, le Vieux Couvent. Cette demande semble avoir échouée. Nous savons, cependant, que les sœurs de la Congrégation Notre-Dame ont emprunté une pompe à eau de cette maison sous condition de la rapporter en bon état en 1942.
En 1942, le conseil municipal décida de vendre la maison de Pointe-Basse et demanda des soumissions en décembre. En mars 1943, Fabien Arseneau offre 500$ pour l'achat de la maison. Toutefois, le conseil refusera son offre et donnera une autre date d'échéance pour la soumission de la maison. Le conseil fera aussi évaluer la maison. Celle-ci sera estimée à 1000$. En avril, le conseil recevra plusieurs offres :
Première offre Deuxième offre
J.W. Delaney 600$
Félix Langford: 800$ 1050$
Fabien Arseneau: 1000$ 1100$
Fabien Arseneau acheta la maison pour 1100$ ce qui, pour l'époque, représentait une somme énorme. Il y emménagea avec ses 10 enfants ainsi que ses parents âgés. Fabien y vécu jusqu'à sa mort en 1976 entouré de son épouse Elphéaine, son fils sourd-muet, Armand Amédée et la famille de sa fille Monique qui devinrent propriétaire de la maison.
De Elphéaine à Éva-Anne :
En 1988 la maison fut vendue à Monica, fille de Monique, et son conjoint Steve Arseneau pour devenir la Maison d'Éva-Anne en l'honneur d'Elphéaine, la grand-mère de Monica dont le véritable nom était Éva-Anne, et de leur fille qui porte le nom de son arrière-grand-mère. Bref, cette maison a toujours su retrouver les siens et est le reflet de l'histoire du village de Havre-aux-Maisons. La Maison aujourd'hui converti en gîte touristique, est habitée par Monica & Steve ainsi que leur deux enfants Éva-Anne et Nathaël.
La famille Arseneau :
Fabien est né en 1902 à Pointe-Basse. Son père Adrien était le cousin du bâtisseur de la maison de Pointe-Basse. C'est d'ailleurs le père d'Adrien, Amédée, qui a vendu les le terrain à Alex C. Arseneau sur lequel il a bâti sa maison. Selon des extraits d'un texte de Jean-Marie Michaud basé sur les récits de Paul-Émile Arseneau (fils de Fabien) : " Son père Adrien et sa mère Elmire Jomphe (Fabien) vivent aux Iles de fruits et revenus d'un commerce de hareng (frais, salé et fumé) exercé surtout avec les Américains… Fabien contracta mariage avec Elphéaine (Éva-Anne) Lafrance le 22 juillet 1925. En 1926, Fabien et Elphéaine quittèrent les Iles pour Arvida parce que c'était difficile de vivre et de faire assez de " gagne " pour subvenir à ses besoins aux Îles. En 1932, une lettre d'Adrien vint contrer les plans de la famille. En effet, une demande pressante d'Adrien, devenu aveugle à 65 ans et traversant une période difficile dans le hareng, leur demande de revenir aux Iles pour assumer la gouverne du bien paternel et ses conséquences. Fabien se fit donc un devoir filial de venir aider son père et les siens dans le besoin.
Donc, en 1932, Fabien, Elphéaine et les trois enfants (Paul-Émile, Roland et Jacqueline) se résignent à quitter Arvida où ils avaient été très heureux. Avec armes et bagages, ils viennent s'installer sur le bien paternel. Ils auront sept autres enfants : Thérèse, Jérôme, Armand-Amédée, Benoît, Monique, Fabienne et Lucille. En 1932, les Îles connaissaient une " crise économique ". Il fallut donc trouver quelque chose pour survivre à cette situation. Fabien décida alors de construire une petite bâtisse de 16 pieds par 16 pieds et d'y ouvrir un minuscule magasin général. C'était très audacieux à cette époque. La construction fut vite réalisée dès l'année 1932.
Malgré la concurrence du Magasin à Alex à Tom Arseneau, l'homme riche et influent de la place (avait amassé une somme de 100,000$ en achetant les dettes des gens), aussi des Coopératives qui s'implantaient dans le milieu, le magasin général se développa : il s'agrandit à plusieurs reprises et fit son chemin dans le canton de Pointe-Basse.
Dès son retour aux Iles, Fabien attendait une occasion propice pour se construire un petit fumoir à hareng. Elle se présenta en 1942 lorsqu'il fit l'acquisition de la belle grande maison appartenant au conseil municipal. L'ancienne maison de Fabien fut démolie et le bois récupéré a servi à la construction d'un fumoir de 20 pieds par 30 pieds. D'autres fumoirs seront construits par la suite.
Le " camp " attenant à la saline occupait un espace important et accommodant pour les travailleurs. C'était le " royaume " d'Elphéaine qui voyait à la préparation de centaines de repas par jour pour les employés en plus de sa besogne et des obligations d'une mère de famille. Les gens se souviennent encore des bons "bouillis de viande salée" et de "pattes de cochon", des galettes à la poudre et des galettes à la mélasse, du beurre d'érable préparé sur place, des tartes, des bonnes soupes qu'Elphéaine, Jacqueline et les aides savaient si bien préparer. Il faut dire à leur avantage que la " table " était très appréciée des employés. Cette femme exceptionnelle, douée de capacités de toutes sortes, a été d'un grand soutien à l'entreprise familiale. L'entreprise connu un déclin au début des années 1970 pour fermer en 1976 à cause de la surpêche du hareng. C'est aussi en 1976 que Fabien quitta les siens pour un autre monde. Benoît à Fabien et ses fils redonneront vie à l'entreprise à la fin des années 1990 : Le Fumoir d'Antan.
Fabien fut à la fois un homme d'affaires, un bâtisseur, un homme de progrès qui savait prendre des risques et en mesurer les conséquences. Son regard et son action furent tournés vers le futur qu'il voulait meilleur que le passé. Ses qualités de leader, ses visions avant-gardistes, ses désirs d'aller toujours plus loin, son émerveillement face au nouveau et au progrès en faisait un homme d'action. Pacifique, dévoué, généreux, il aimait faire plaisir et se faire plaisir. C'était un bon vivant et un homme d'actions qui mettait ses talents au service des siens et de la communauté.
Réalisations : - conseiller municipal
- maire et préfet pendant de nombreuses années - marguillier et participation à la vie de la paroisse - organisateur politique
En affaires, il est reconnu comme un progressiste et un avant-gardiste : pensons à l'utilisation et au développement du Cap à Fabien, de sa participation au Groupe Arseneau Construction, à la glacière pour les besoins du commerce et de la population qui faisait souvent " appel à de la glace " pour le soulagement de divers maux. C'est aussi sous sa gouverne que la municipalité de Havre-aux-Maisons obtint la construction de l'aéroport régional situé à la Dune du Sud. "
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